Miel de vie.

Publié le 8 Mars 2013

Miel de vie.

Miel de vie.

C'était il y a un instant, nous avions quinze ans.

Nous vivions dans du miel, le temps avait sa consistance, il s'étirait lentement, sa densité résistait.

Chaque chose, chaque moment, prenait sa couleur, nous parvenait comme les rayons de soleil qui le traversent, teintés d'une suavité d'or en fusion.

Nous ne connaissions rien, nous imaginions et c'était merveilleux. L'inconnu se devinait à la trace qu'il laissait, chaque empreinte était une chasse. Aveugles, à peine nés, nous devions gouter chaque espérance, de tous nos sens affamés.

C'était il y a un instant, nous avions quinze ans.

Nous utilisions des mots sans contenu, inexpérimentés, nous devinions la vie aux gestes des adultes, aux temps de pause, à l'entre-aperçu, les effets n'élucidaient pas les causes et l' énigme qui en résultait était comme le miel qui prend à la gorge. Délectable suffocation. Inestimable culpabilité de ce qui se dérobe.

C'était il y a un instant, nous avions quinze ans.

Chaque minute balbutiante fondait sous la langue, goutée, non sue, grain du miel éternel, que l'alchimie de notre vie transmutait en hydromel à rendre notre raison ivre de toutes nos passions.

C'était il y a un instant, nous avions quinze ans.

Et dans mon cœur en fusion, quelques larmes de miel...

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

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P
Bonjour Nathanaël !
C'est un bien joli texte et associer le miel à l'âge ô combien tourmenté, je n'y aurais pas pensé... Quoique !
A observer les adolescents d'aujourd'hui sans doute, je me dis que le miel semble s'être durci, le contenant est sans doute trop opaque...
Mais "c'était il y a un instant"... "non sue", nous ramène à cette réalité : la nôtre, qui aujourd'hui nous fait revivre ces moments comme des petits paradis perdus, et comme l'insouciance nous paraît bien loin... Ce texte : pas joli du coup : magistralement, entre les lignes, il nous emmène avec un soupçon de nostalgie dans cette insouciance à jamais perdue, que la vie et le temps, l'expérience, nous font requalifier. Ou ai-je mal lu entre les lignes ?
Merci quand même ! (sourire)
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N
Bonjour Pascale,
Tu lis fort bien et surtout c'est ta lecture. Chacun s'approprie les mots. Paradis et insouciance résonnent en moi, ils sont des iles perdues où prendre pied de temps en temps, ressource.
Merci de ton passage.
F
Après ce texte-là, je suis allée en lire d'autres. Que te dire sinon que j'étais émue, au bord des larmes en particulier au souvenir de ces quinze ans, à la fois hier et si lointains déjà. Fouillis de la vie et des souvenirs.
Merci pour ce moment de douceur.
Bonne journée.
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N
Bienvenue Françoise.
Merci de ta gentille appréciation, je me réjouis de venir te visiter rapidement.
Bonne journée.
S
ça me plait Nathanaël, je peux ?
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N
Avec plaisir Sagine.
C
La vie a un goût qui parfois s'émousse. Puissions nous retrouver, dans nos passions au moins, le même parfum des choses de la vie !
Oui, c'était il y a un instant et c'est maintenant quand on garde le même émerveillement, mais hélas aussi la même aptitutde à souffrir au moindre écorchement.
Carmen
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N
Je ne dirais pas hélas. A cuir tanné, sensibilité ôtée.
Je vous espère rétablie, et au poignet courbatu de tant de signatures.
Bonne journée Carmen.
J
Facile pour moi d'adhérer pleinement à ton texte où le souvenir s'habille de mots taillés à sa mesure... Ce miel est en moi du premier jour du reste de ma vie jusqu'au dernier. Merci mon ami.
Jonas
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N
Nous étions sur la même fréquence, cet écrit est en résonance avec le tien, qui m'émeut d'autant plus que la photo est authentique.
Et oui bien sûr du miel coule dans nos veines !
Je t'espère dégagé des congères, bonne journée au chaud l'ami.
H
Ce miel qui efface les années et colle dans l'instant le sucré du souvenir.

Des mots à s'en lécher les doigts!

Hélène*
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N
Joliment dit, merci Hélène.
F
...Et nous ne le savions pas alors .
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N
Nous savions si peu ! C'est cette indigence qui faisait notre richesse...
E
Ce très joli texte m'a rappelé les vacances d'été de mon adolescence, deux mois et demi à l'époque qui paraissaient ne pas avoir de fin et où tout était vécu avec une singulière intensité... Et je ne sais plus quel auteur a dit que ce qui a de beau à cet âge, c'est que tout ce qu'on fait, on le fait pour la première fois. Merci à toi et bon dimanche
Esclarmonde
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N
Merci Esclarmonde, je vois que nous avons tous un pot de miel en haut de l'armoire de nos souvenirs !
Bonne soirée.
L
Ce texte-poésie a vraiment un goût de miel, et Dieu que c'est bon ! Si j'étais musicienne, j'aimerais accompagner tes mots au rythme de tes quinze ans...
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N
Chanter, danser, puis aller se baigner, insouciants... Dans l'océan des souvenirs.
Je suis un brin nostalgique moi en ce moment, va falloir que je m'ébroue !
Merci Louv' j'ai entendu ta musique...
J
Ton texte sonne si juste!
J'ai des instants précis,
des couleurs fulgurantes de goût caramel,
caramel au lait, caramel dérobé.
Insouciance et douceur
de l'enfant dans l'instant.
Je devinais les choses
les choses de la vie m'était suggérées
Tout cela est si loin, passé
mais si présent à la fois.
On me dit caramel couleur miel
ou couleur ambrée
est ma jeunesse est à côté.
Ton écho est trop fort comme disent les d'jeunes!
Bonne journée Nathanaël.
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N
La précision du souvenir est hallucinante parfois, et c'est toute l'adolescence qui revient là.
Bonsoir Jamadrou.
E
Mais....mais... c'est de la poésie ! Des mots de miel, couleur et douceur...
Tu verras Nathanaël, plus on avance sur le chemin, et plus on se rapproche de ses 15 ans...
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N
Je m'en sens souvent si près ... Et au delà ! Si prés de tout parfois...
Bonjour Eva.
C
C'est très beau, très prenant, je ne sais pas bien l'expliquer mais ton refrain est d'une force envoûtante. Merci Nathanaël.
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N
C'est parce que c'est une re-faim ! ( facile d'accord ) et si tu ne sais l'expliquer, tant mieux, c'est que ta raison est ivre ...
Merci Cardamone d'être passée par ici.
L
Je suis ravie de lire de tels mots sur la vie "ado". Ce que tu dis est si juste, si tendre. Un vrai bonheur de lecture. Encore une fois, merci, c'est tout ce que je peux dire ...
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N
" Tendre " j'aime ce mot doux comme un oreiller en plume.
Notre adolescence est en nous, toujours...
Bise Laurence.
C
Suave souvenir qui ne doit pas mourir... Un premier amour ne s'oublie jamais, Nathanaël.
Ce petit "leit motiv" est du plus bel effet dans cet écrit.

Merci et bonne journée,
Cathy.
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N
Je n'évoquais pas particulièrement un premier amour, mais cette densité de l'adolescence qu'un évènement a ramené pour moi à la surface de mes flots. J'aime néanmoins l'écho que cela a pour toi, chacun s'approprie ce qu'il lit.
Merci beaucoup de ton passage Cathy, ton prénom qui plus est , est lié à cette résurgence...