Cénotaphe.

Publié le 4 Juillet 2014

Cénotaphe.

Il avait couru toute sa vie. Puis un jour il s’arrêta. Cela dura des années.

L'inertie du mouvement perdurait en lui, en une déflagration lente.

Certains évènements de la vie tombent sur nous comme l'orage, on est lapidé par le ciel de grêle, on ne sait pas qu'il n'y a rien à faire. Alors on court dans tous les sens, comme si l'on pouvait échapper, aux grêlons, aux gouttes, à la foudre, à la vie.

Il s'était arrêté, cela dura des années avant que la paix ne le rejoigne.

Un pas,

se dégager,

d'un geste de l'âme dégager les épaules de la pensée,

laisser glisser le vêtement usagé du temps passé le long du corps de sa vie,

laisser aussi la cuirasse du corps social, la cuirasse du dedans, celle du dehors.

Un pas, que chut cette vie finie,

en un cénotaphe,

derrière lui.

Abandonner c'est partir.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

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Carmen Atonati 22/07/2014 23:00

"d'un geste de l'âme dégager les épaules de la pensée"
Je ne voudrais pas dire de banalités qui ne sont pas toujours le reflet du ressenti véritable... pourtant ce passage me fait penser à la nécessité de se poser, comme sur un tapis de yoga et de réellement être présent. Le vécu passé était si riche (ou pas), le futur s'amenuise, et l'angoisse guette le présent, alors il suffit d'être là attentif à un étirement.... et puis au sortir de l'attention à son corps, de s'ouvrir à la vie alentour... ceci la vie le permet, jusqu'au bout.

Nathanaël 31/12/2014 17:05

Jusqu'au dernier instant, à l'ultime expir.
Mais il n'est pas encore venu, c'est l'an nouveau qui vient...Accueillons le.
Bonjour Carmen.

Jonas D. 19/07/2014 00:08

Il semble que l'homme fuit encore au travers de l'eau qui lave tout ce qui se dresse et tout ce qui s'affaisse, alors que l'orage est là pour éclairer la nuit bien mieux que l'astre du jour. Oui, se dégager de soi peut être une tentative de naissance encore, voire de renaissance, une projection de soi sur un chemin que l'on pave à mesure de notre pas, mais l'aventure est vaine, car tenter l'évasion de soi nous entraîne vers une prison plus vaste encore : la peur de se retrouver. Heureux de te lire Nathanaël, ta plume est un roc. Amitiés. Jonas

Nathanaël 21/07/2014 10:22

L'aventure est vaine dis-tu mais certainement ne parlons nous pas ici de la même. Car il ne s'agit pas de s'évader de soi, de se fuir mais bien à l'opposé de se trouver. Et par là de trouver l'autre, enfin c'est ainsi que je le sens.
Amitiés partagées Jonas.

Dor 15/07/2014 20:07

Comme d'habitude, un très beau texte.
Je ne peux, cher Nathanaël, que vous encouragez à écrire d'avantage.
Je suis moi même en train de construire un cenotaphe en mémoire d'un être, jadis, cher. Je prends soin d'y mettre la totalité de mes sentiments afin de ne plus y revenir.
Merci pour cette belle lecture/réflexion !

Nathanaël 21/07/2014 10:18

Nous avons tous un cénotaphe. Mais si celui ci ,comme tu le dis Dor, est érigé "au souvenir de " il risque de se transformer en monuments aux morts et d'entrainer moult commémorations.
Merci de ton passage avisé aux pâturages.

eva 12/07/2014 17:58

"Madame Rosa me regardait sans répondre et j'étais bien triste. J'ai jamais aimé faire de la peine aux gens, je suis philosophe. Il y avait derrière le docteur Katz un bateau à voiles sur une cheminée avec des ailes toutes blanches et comme j'étais malheureux, je voulais m'en aller ailleurs tres loin, loin de moi, et je me suis mis à le faire voler, je montai à bord et traversai les océans d'une main sûre. C'est là je crois à bord du voilier du docteur Katz que je suis parti loin pour la première fois. Jusque-là je ne peux pas vraiment dire que j'étais un enfant. Encore maintenant, quand je veux, je peux monter à bord du voilier du docteur Katz et partir loin seul à bord. Je n'en ai jamais parlé à personne et je faisais toujours semblant que j'étais là."

Emile Ajar, La vie devant soi

Nathanaël 21/07/2014 10:15

Faire semblant que l'on est là... Pourquoi pas. Etre présent à soi même me parait plus approprié. J'ai beaucoup aimé ce livre découvert en troisième à 14/15 ans et relu une ou deux fois depuis. Vu également en film avec l'excellente Simone Signoret.
Merci Eva de ce rappel.

Cardamone 07/07/2014 13:56

C'est magnifique, tes mots résonnent si fort, si beau. Juste sur ce besoin de cénotaphe je m'interroge, mais si c'est un cénotaphe de papier - de mots? alors va pour le cénotaphe...

Nathanaël 08/07/2014 09:43

Un tombeau symbolique, une représentation de ce qui est laissé là. Un cénotaphe de papier exactement comme ce pachyderme. Un origami de sa vie passée.
Bonjour Cardamone merci de ta lecture.

Fanny 04/07/2014 12:17

Oui c'est vrai Nathanaël parfois on a l'envie de tout quitter. Partir.

Nathanaël 07/07/2014 08:26

Bonjour Fanny.
De se quitter soi-même. De se déprendre de soi, de se dépouiller, de s'appauvrir de son égo. Nous sommes d'accord. Merci de ta visite.