Lent-beau de songe

Publié le 13 Juillet 2014

Lent-beau de songe

Un lambeau de rêve toujours chuchote à celui qui dort sa vie. A celui qui porte attention à sa pénombre.

La femme dans une petite robe de fête, dissoute , engloutie en un glou-glou d'étoffe, un frou-frou de rêve fou, clarifié dans si peu d'eau.

L'homme décontenancé. Main tendue inutile. Bras ballants. Sans plus de prédation. S'assoit sur la berge de cette vie non-impétueuse.

Recueilli entre l'amont inatteignable et l'aval incessant, il contemple cette eau plus que vive qui dissout le présent, emporte au passé.

Il crée son propre rythme, échappé au faire.

*

Bâtisseur, il a fait beaucoup de barrages de petits cailloux, canalisant, bloquant, refrénant, le toujours de l'eau.

Il y a un temps pour ramasser des pierres, un temps pour les lancer, un temps pour les amonceler puis il y a un temps pour les regarder rouler dans l'eau. Il y a un temps pour être l'eau.

*

Parfois on a choisi au fond de l'âme, mais on se persuade que l'on hésite encore. On garde sa vie comme un petit caillou au fond de sa poche. Du bout des doigts on se rassure de sa présence, de son possible. Et on évite soigneusement la pleine lumière qui en ferait une gemme ou un simple petit caillou.

*

Là, l'aval, la vallée, l'avalée du passé, du déjà vu, du re-connu, là où roulent les cailloux, où se dissoudre au nombre.

Là, l'amont, la montagne, ce monastère en lambeau de songe inaltérable où attend l'enfant-source qui nait, qui n'est pas, encore.

Où remonte l'eau au jaillissement unique.

*

On n'est pas devant la question. On est à l'intérieur, on est le choix.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

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Miche 30/12/2014 16:06

Ce texte est du "temps de l'eau"...
Belle soirée Nathanaël

Nathanaël 31/12/2014 16:09

Ce soir nous traversons le gué...
Merci Miche.

eva 02/10/2014 11:22

Nathanaël... tu nous manques...

Nathanaël 05/10/2014 14:31

Sourire à toi. Bonjour Eva.

Carmen Atonati 02/10/2014 00:33

Fluidité de la pensée que la contemplation du torrent alimente en sensations, en réminiscences.
Un long voyage où l'avenir s'arrête au présent, où l'on souhaite dialoguer avec l'enfant, en nous.
La vie nous a porté, longtemps, à un moment on cesse de retenir tout, on ouvre les vannes... C'est là que vie et rêve se prennent par la main, s'interpellent l'un, l'autre, jour après nuit, l'un dans l'autre sans interprétation fallacieuse. Un éclairage qui rejoint la fluidité du temps, de l'être, apaisé (pas mort, plus vivant). Juste quelques retours à la lecture de ce texte. Voilà de beaux lambeaux, ou de belles miettes de pensées !

Cardamone 25/07/2014 16:23

Douceur et beauté de ces mots de ce rythme habité qui nous entraînent au plus profond. Merci pour ce magique lent-beau de songe.

Nathanaël 05/10/2014 14:31

Très lent songeais-je à l'instant. Bonjour Cardamone.

Jonas D. 19/07/2014 00:17

Peut-être que nos vies se présentent finalement comme ces rêves arrachés au sommeil, ces bribes. Ce qui restent de nos vies n'est-ce pas que l'essentiel de la peine, de la joie, de la douleur, de l'amour, de la lâcheté, de la violence... Ce que j'aime dans tes propos introspectifs c'est cette force que tu as de creuser profond, de remuer le sable au fond, de gratter, de chercher le centre du monde en toi. Tu m'éblouis, tu m'inquiètes. J'aime ça. Jonas

Nathanaël 21/07/2014 10:52

Qui a dit " la meilleure façon de réaliser ses rêves, c'est de se réveiller " ? Paul Valery ( je suis allé chercher sur Google.. ) Il a aussi été dit ( association d'idée ) " Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous " Paul Eluard. Certainement alors qu'en ce centre du monde en nous nous croiserons nos pelletés de mots et de signes. Et en attendant que la source spirituelle jaillisse nous abreuverons nous à quelque flasque spiritueuse ! Bien amicalement Jonas.

Pascale 17/07/2014 10:10

Oui...
On est le choix... Pourtant comme la montagne paraît si haute si difficile à atteindre... parfois...
Et le caillou semble s'être perdu dans la doublure de la chemise ! sourire

Magnifique texte Nathanaël.
Amitiés

Nathanaël 21/07/2014 10:36

La doublure de la chemise, c'est l'envers de la vie, l'intériorité de l'être... Sourire. Il faudrait pouvoir tourner son être comme tourner sa veste. Mettre l'intérieur à l'extérieur, se mettre sans dessus dessous... Tu en voies beaucoup toi qui n'ont plus que la doublure sur les os de leur vie. Où chaque accroc au vêtement de leur être est blessure à l'âme.
Bonjour Pascale.

jamadrou 17/07/2014 08:44

Lent vit de rêves...

jamadrou 22/07/2014 10:23

Un bon jour à toi aussi Nathanaël.

"Lentement l'enfant
Lent vit de rêves
Lent fend mirage et voyage
L'enfant prend ce qu'il voit
Pense ce qu'il ne voit pas
Panse ce qui pleure
L'enfant engrange range collectionne
L'engrenage fait tourner la roue
L'âge
La roue du temps
L'enfant prend son temps
Comprend ce qu'il sent
Consent et prend
Lent fend la vie
Envie
Il vit
et lentement grandit." JD.

Nathanaël 21/07/2014 10:31

Joli Jamadrou... Bonjour à toi

eva 16/07/2014 10:54

"l'enfant-source"... chacun de nous est une eau vive : celle qui est toujours la même et jamais pareille, c'est le cours de l'oued qui est plein de surprises et d'aleas, mais la source ne peut pas tarir, elle fait toujours résurgence un peu plus loin...
Inutile de préciser que ton texte est superbe, tout à fait comme j'aime ton écriture et ta recherche de toi-même, si bouleversante, si émouvante, si vivante malgré "les dormances" récurrentes... Je t'embrasse fraternellement

Nathanaël 21/07/2014 10:26

Merci Eva. Nous sommes d'accord quant au cours de l'oued et de ses résurgences, au loin de quelques dormances... Intarissable est l'enfant source pour peu qu'on lui témoigne quelque attention.
Fraternelle accolade Eva.