Je ne t'ai pas apporté de fleurs

Publié le 4 Novembre 2016

Je ne t'ai pas apporté de fleurs

A toi, qui si bien, savait me désaimer, j'ai deux mots à dire.

Pour cet amour mammaire où le sein tête l'enfant, pour tout ce lait que tu m'as dérobé, ce lait de l'enfance dont je fus spolié, mon enfance suçotée par ton corps de femme, aspirée, vampée, mon corps d'enfance dont tu as fait ta poupée mâle.

Combien ai-je porté cette  tare d'être garçon, puis d'être homme et que tu ne le fus pas !

Tous ces câlins d'enfance réquisitionnés, bafoués, gauchis, jusqu'à ce que je parvienne à te fuir.

Ces chantages insupportables.

Le corps de mon père que tu as rejeté sur les rives de l'alcool, son corps de papa que tu as tué si tôt, que j'ai pu pleurer si tard.

Toi, Reine-Mère, du haut du piédestal de ta souffrance des hommes de ta mère, combien tu m'as enchainé, tronqué, ligoté, abusé, à tes désirs borgnes, Jocaste tordue.

Combien, j'ai du subir le feu de ton regard que j'en brule encore de tout mon corps.

Non, je ne t'ai pas apporté de fleurs.

Je me tiens là, devant ta tombe, simplement, face à toi afin de te dire combien tu m'as blessé, courroucé, et que si j'ai fuit toute ma vie, ta mélancolie, c'est fini !

Cette fuite en moi, de toi, de ta cyclothymie, ce " il faut que je m'en sorte " c'est fini.

Et toute l'obstination que j'y ai mis, c'est fini.

L'ordalie infinie, c'est fini.

Et

A l'heure où l'on pèsera, Madame,

Dans l'intangible balance,

Le plus tendre de mon âme,

Je vous parlerai des créances,

Que vous avez à mon égard... Madame.

 

Je ne vous ai pas apporté de fleurs.

PH.

 

 

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #Ecrits

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E
PS : j'ai souvent remercié le hasard de n'avoir pas été un garçon...
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E
Dans cette dévoration de la mère à l'enfant, les filles ne sont pas mieux loties que les garçons... S'en sortent-elles mieux pour autant ?
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N
Sans doute Eva, sans doute. Dolto avait une phrase magnifique : " ce devenir de l'enfant, son être « allant-devenant-dans-le-génie-de-son-sexe . "
Bonjour Eva.
J
18:46, c'était moi.
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N
C'est toi !
J
Sans concession. Des mots du ventre qui flottent sur la pierre, qui s'étalent, qui enfin s'affranchissent. Très touchant, car le vécu est en fondations. Les derniers vers sont d'une force... Amitié soutenue.
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N
Longue est l'émancipation de nos démons...
J
C'est PARFAIT Nathanaël!
Je t'offre mon regard sur les dernières roses de mon jardin
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J
Et nous continuerons Nathanaël à les offrir à ceux qui savent aimer.
N
Heureusement Jamadrou, les roses seront toujours là.