Il y a toujours une histoire...Naïs'.

Publié le 14 Décembre 2012

Il y a toujours une histoire...Naïs'.

Il est assis adossé à cet arbre et l'ombre lui en caresse le visage, contemplatif, la mer l'emporte quelques semaines en arrière.

Il sortait d'une noire nuit de deuil , pire : grise nuit sans aucune lueur, pas des mots de poète, le deuil pour de vrai. Palingénésie, sa vie reprenait vie !

Il a perdu, beaucoup, des proches, une autre s'est perdue, il a souffert, passons, il a passé des années.

Trois jours se dit-il que sa vie l'a de nouveau réélu.

Fulgurance.

Elle ressurgit - Elle. Un hasard, une synchronicité dont elle ne sait rien, mais qui marque du sceau de la magie, de la littérature, du destin, de la légende de ...Il n'a pas de mots pour cela , fulgurance, éblouissement ...

Cela, lui a fait la vie malade. Sa vie se dit il si longtemps retenue sous le joug de la grisaille du travail en dedans, de la boue remuée qui tapisse toutes les issues, enfin sa vie soudain qui rompt ses amarres et déborde ses entraves , reprend son cours en crue, et elle qui ressurgit dans tout ce tintamarre.

Quelques brindilles chavirent au souffle léger du vent méditerranéen, un souffle d'ailes.

Cela lui a fait la vie malade, trois jours à trainer une fièvre à s'aliter en plein été, si impuissant, le coeur qui bat, qui l'envoie au combat, et la tripe qui le couche en boule, comme un chien mourant, au pied de la faïence blanche, si blanche.

Il a la mine pas belle à voir, couché sans plus vouloir, sans plus savoir. Violence et beauté le brulent . Désir impossible et désir d'impossible, lui le loyal, le fidèle, le bâtisseur.

Envie de retrouver son Afrique, d'inventer son Espagne, de rêver sa Venise.

Et puis son lit comme une île, à regarder l'aileron de requin de la passion, fendre l'océan sombre abyssal, de son désir retrouvé. C'est très joli , un retour à la vie si agonique...

Sa Carmen ressurgit, ouvre la prison de ses rêves, et ils s'échappent en orages fiévreux, en mots merveilleux, en solitude silencieuse, en ardente indécision, en fervente attente .

Et réinventer la lenteur, le silence, la légèreté, apprivoiser le manque, faire du vide une présence, se découvrir aventurier d'un territoire entre les deux extrêmes de soi, explorer l'autre pôle, en faire son secret, son espace affranchi. Conquérir sa liberté. Chemin de vie. Il l'a conquise , terre inconnue, il brave ses limites.

Le souffle d'ailes, plus bas sur la mer, fait sa houle, il a le coeur à marée basse.

Une autre fulgurance, un soir, loin dans la nuit le froid la peur, une histoire de mort, de fuite , de gendarmes; sa décision se fait sans lui, une évidence, il a déjà depuis le début consenti à ce que la réalité défasse leur idéal, là il enracine sa décision de la revoir. Pour toujours et à jamais. Une évidence.

Mais c'est Carmen. C'est une tauromachie de la rencontre, où le désir revêt les habits de sa solitude en feu. Où la vie se pare de l'absolu extrême et brandit la muléta de la passion excessive . Où la mort de leur relation surgit dramatique, pique sa banderille et se retire plus que vive. Où le vide et l'absence présente succédent aux grands mots. Effroi voluptueux. Doux oxymores tumultueux...

Une arène de mots de sang, de mots de vie, où se joue la corrida des phrases, des passes de poésies, arabesques de désir et virevoltes de plaisir, où la crainte de la perte se fait frisson, la peur des retrouvailles n'est que poison.

C'est un tango incandescent, de revirements sublimes, exaspérants, en essoufflements définitifs, muets, d'appoggiatures éloquentes où le corps s'embarque, le coeur sombre, un tango vaste comme la nuit et comme la clarté...

Sous l'arbre, son dos s'est fait tronc, et les racines l'ancrent à la terre tandis que la mer a le coeur à marée haute.

Mais c'est Carmen ! Ils sont vitaux l'un pour l'autre, chacun apportant à son alter, un écho de sensibilité, une résonance de force, une présence inestimable, un silence partagé ineffable, tout cela de façon insupportable. Ils sont l'un pour l'autre la preuve qu'ils ne sont pas fous.

Mais c'est eux, Tout simplement, tels qu'ils sont et ce qui se joue là c'est leur cérémonie, leur poésie, de neige et de feu, de terre et d'océan,ce qui se joue au bout du compte c'est leur liberté personnelle, leur liberté de rêver . Ils ont l'éternité devant eux.

La libellule a rabattu ses ailes, de l'autre coté la vague ainsi créée, frappe le rocher, quelques embruns comme un baiser déposé. Il a fermé les yeux et en goute la saveur sucrée-salée.

L'arbre a vibré... Il y aura une suite...

PH.

- Réponse au commentaire de Nais' " il n'y a pas d'histoire " : http://paturages-du-ciel.overblog.com/racines

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

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Carmen 08/02/2013 00:05

Je me suis arrêtée sur ce texte. Le prénom cité y est pour quelque chose, peut-être.
Une belle prose poétique. Les passages en italiques posent le décor dans la beauté de l'instant et l'homme, entre ces espaces, défait les liens du souvenir qui l'emportent dans un tourbillon de pensées — des élans de vie réanimés.
J'ai particulièrement aimé ces deux passages (dont je ne cite que le début) :
- sa vie si longtemps retenue sous le joug de la grisaille....
- et réinventer la lenteur, le silence, apprivoiser le manque...
Carmen

Nathanaël 08/02/2013 16:24

Évidement le prénom, Carmen... La passion ! La bohème...
Merci de votre appréciation.

Jonas D. 08/01/2013 00:54

Carmen... évidemment... et moi qui te parle de l'Afrique... Merci de savoir vivre.
Jonas éclairé.

Nathanaël 08/01/2013 14:37

Sourire amical.

Juliette 22/12/2012 17:41

Assise, ce condensé d'émotions et de réflexions m'a assise ! la force de ces images que l'on sent vécues ( ? ) , oui vécues forcément pour avoir tant de matière ... Bravo, vous dites dans un commentaire que c'est une trame , je suis bien d'accord, quel roman d'amour cela ferait !

Nathanaël 25/12/2012 16:31

J'espère que votre fauteuil est confortable et que votre postérieur ne m'en veut pas trop...
Un roman ? bien trop sérieux pour moi cette histoire là !
'soir Juliette.

Anna 21/12/2012 12:22

C'est une belle histoire, déchirante et passionnée, qui porte en son sang la mémoire d'autres terres, plus brûlantes et sauvages...

Nathanaël 21/12/2012 19:11

Bien dit et bien vu ! Une mémoire en devenir aussi ... Peut-être !
Merci Anna.

Fidji 20/12/2012 13:30

Celui-ci blesserait une reine...Et me peine...

Nathanaël 20/12/2012 14:29

Oui mon amie...

Jonas D 19/12/2012 11:36

Dis-donc Nathanaël, quel flot, quel densité de pensée, c'est renversant, tes mots sont un torrent impétueux, avec une émotion à la ligne, à la ligne toujours, territoire où le point de suspension perd son temps. Tu es un torrent, d'eau chaude. Je n'ai pas fouillé, par manque de temps, en détails ton blog, quel est ton lien avec l'Afrique ? Si cette question est déplacée, remets-moi à ma place. Amitiés.
Jonas

Nathanaël 20/12/2012 14:27

La densité oui... Un peu trop peut-être, je ne sais pas trop. Je laisse faire d'avoir tant réprimé aussi.
Quant à l'Afrique ma réponse à quelques encablures...

Laurence 16/12/2012 22:57

Je me suis souvent posé la question de l'état d'esprit de certains écrivains lorsqu'ils écrivent avec une telle force ! Cela reste un mystère pour moi, mais ca doit être fantastique d'en être le témoin !

Nathanaël 17/12/2012 11:21

Merci Laurence pour le mot " Force " il me va bien, et je retrouve la même énergie dans tes photo, contraste, texture, énergie... Quant à être témoin ... Là aussi je retrouve l’œil de la photographe ! :-)

Lau 16/12/2012 19:27

C'est dense et ça danse... Toujours ces mots tango qui valsent nos émotions, bravo.

Nathanaël 17/12/2012 11:18

Merci Lau.

eva 15/12/2012 23:27

je pense à cette chanson de Barbara "y'a un arbre"...

Nathanaël 16/12/2012 11:43

Oui Eva, un arbre et un jeu de cache-cache ... Que j'aime Barbara.

Nais' 15/12/2012 11:50

Bonjour Nathanaël,
Je suis touchée par cette belle réponse à laquelle je ne m'attendais pas ! Comme un cadeau de Noël en avance... Tout d'abord merci !
Ensuite, j'espère effectivement qu'il y aura une suite mais si tu la promets, j'attendrais sagement :)
Ton texte regorge de belles images, il m'a transporté tout simplement !
Sublime.
Bises, bonne journée et bon week-end !

Nais' 21/12/2012 23:42

Et tu l'auras ce texte, Nathanaël ! Mais pas avant les fêtes, c'est un peu synonyme de travail pour moi, je m'occupe de desserts avec d'écrire ;)
Bises, belle soirée !

Nathanaël 15/12/2012 18:09

Bonsoir Nais',
C'est une trame sur la quelle il faudrait broder, mais si je sais aller à l'essentiel et je sais peu tricoter, je détricote plus que l'inverse . Bref je tenterai une suite c'est promis ! Heureux que cela t'ai transporté, il y a dans l'amour " enfant de bohème" quelque chose d'universel qui nous touche tous.
( je te rappelle que tu m'a promis un texte à l'avantage des hommes , un de ces jours :-) ) Bises. Nathanaël .

Esclarmonde 15/12/2012 10:50

Je connais le bel univers de Naïs, un bel plume et une belle lucidité que j'aurais aimé avoir à son âge. Elle méritait bien ta longue et poétique réponse. Passe un bon week-end

Nathanaël 15/12/2012 18:03

Aaah les histoires de Nais' ... Merci Esclarmonde, Bon w.e à toi aussi.

Fanny 15/12/2012 00:17

Je veux la suite ... C'est énigmatique et envoûtant , toujours cette intensité ! La densité d'un roman et la chair d'un poème , j'adore et je veux la suite Nathanaël ?

Nathanaël 15/12/2012 07:46

Et je m'en réjouis ! Vous faites des pâturages des miscellanées bien plantées , foisonnantes ... Je vous suis infiniment reconnaissant de cette lecture avisée .
Fanny m e r c i .

Fanny 15/12/2012 00:29

Mais il y a des indices me disais-je en pâturant chez vous . "L'arbre" et "racines" que l'on retrouve dans vos écrits , "l'ode à la passante" qui me fait songer à une Carmen,
" dépouillé " pour cette nuit de deuils ... Oui je vous lis Nathanaël ...