L'enfant,

Publié le 20 Janvier 2013

L'enfant,

Je le regardais, il se tenait bien droit sur la chaise, à cet âge où les pieds ne touchent pas le sol, d'ailleurs le verre de sirop le dominait de moitié et la paille carrément le snobait.

Cet âge qui habille les genoux des garçons toujours de quelques croutes, cet âge qui se contient dans un instant, un désir et où le regard toujours se porte vers le haut du monde, adulte.

Cet âge de funambule, sur les carreaux de la vie, traverser la route en équilibriste des bandes blanches pour éviter les crocodiles, prier l'éclair au chocolat derrière le vitrail de la boulangère, manger des yeux, voir de toutes ses mains, sentir de tout son corps...

Ne pas oublier cet âge là,

Ne pas oublier que les gens oublient,

Ne pas oublier le gout du berlingot de lait concentré,

Ne pas oublier qu'un chat est un chat,

Ne pas oublier les petites voitures "majorette",

Ne pas oublier d'aimer la pluie, de sauter dans ses flaques,

Ne pas oublier la griffure de l'écorce,

Ne pas oublier la rivière qui chante,

Ne pas oublier son quatre-heure, pain-beurre-sucre,

Ne pas oublier les sucettes "pierrot gourmand",

Ne pas oublier que le goudron ça mord,

Ne pas oublier d'aimer le bleu,

Ne pas oublier les bras de ce père, qui faisait l'avion,

Ne pas oublier que s'obstiner c'est un beau passe-temps,

Ne pas oublier que les adultes racontent n'importe quoi...

Et vous, que n'oubliez vous pas ?

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

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M
Superbe. Non je n'ai pas oublié et je ne l'oublierai pas. Le cri strident de l'hirondelle, le poids du soleil et ses louchées de lumière aveuglante les jours de canicule, le beuglement du petit veau dans le pré un matin de printemps, la campagne fantasmé en savane quand le soleil a brûlé le vert de l'herbe des prés, les temps des cerisiers à en faire des indigestions assis sur leurs hautes branches, les parties de ballon à s'en salir les pantalons de manière définitive, le piaillement des enfants du village à la tombée de la nuit un soir d'été.
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N
De beaux souvenirs, biens rendus, merci Yves.
L
Ne pas oublier mon premier rouge à lèvres ... Sourire, joli texte Nathanaël.
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N
Tu n'as pas oublié d'être polissonne ! Sourire.
E
Et le principal c'est d'avoir eu une vraie enfance avec le goût de la liberté et de l'insouciance, je sens de nouveau le goût des berlingots, j'adorais ça... On ne se souciais pas d'obésité et il y avait peu d'obèses, trop d'enfants d'aujourd'hui vivent dans le stress. L'enfance je ne l'ai probablement pas quitté, merci pour ce joli texte nostalgique, bises
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N
Oui un brin de nostalgie à regarder cet enfant au café... Et le gout des berlingots hum cette saveur sucrée qui emmiellait le palais...
A bientôt Esclarmonde.
N
Bonsoir Nathanaël !
Jolis souvenirs... Moi je n'oublie pas les batailles de boules de neige, le goût du pain perdu, les crêpes aux cerises de Mamama (grand-mère, en Alsace), les déguisements, le soleil qui brille tous les jours plus forts...
Merci pour ce beau texte !
Bises, belle soirée :)
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N
Évidemment des notes sucrées dans tes souvenirs ! Sourire...
F
Bonsoir Nathanaël
Je me souviens toujours des veillées au coin du feu
Ma grand-mère, ma mère nous disait des contes
On chantait les répliques et j'imaginais
ces personnages la nuit avant de dormir et j'en rêvais
mm pendant mon sommeil la nuit
Merci de me "rappeler" ces merveilleux souvenirs
Frieda
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N
Merci Frieda de votre passage, venue de si loin, de ce continent qui me manque. Les souvenirs aussi sont comme un continent perdu...
L
Et je serai la seule à dire que je préfère oublier...Mais vos mots sont superbes, Nathanaël !
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N
Mettre l'enfant sous le tapis ? et se prendre les pieds dedans... C'est un choix, enfin une option. Mais un tapis volant tout de même ?
Merci de votre appréciation Louv', à bientôt en Opalie.
E
Je serai donc la seule à écrire que j'ai tout oublié... (la seule à l'écrire, mais non pas la seule à ressentir cela, bien sûr !..) Bonne journée Nathanaël...
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N
Mais certainement que l'enfant en vous , elle ne vous a pas oublié !
Merci de votre passage Eva, c'est toujours une joie pour moi.
J
Non, Nathanaël, je n'oublie pas, bien sûr que je n'oublie pas, autrement, comment faire pour vivre ici dans ce monde peuplé d'adultes sans mercis et sans bonjours. Ton texte est sublime. Amitiés.

http://www.jonas-doinint.com/article-de-cet-enfant-80499634.html

Jonas
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N
Oui comment faire sans cette source de jouvence qui nous abreuve ? Nous lave, nous sauve ... Amitiés Jonas.
C
Je n'oublie pas ma tante qui me disait immanquablement, tous les soirs, lorsque j'avais quatre ans (avant que je sois plongée trop vite dans le monde des adultes un an après) : "Bonne nuit, ma poule... Fais de beaux rêves...". Et je dormais comme un bébé...

Très belle réflexion sur l'enfant...

Bonne semaine, Nathanaël.

Cathy.
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N
Hommage à votre tante alors Cathy, qui a su envelopper votre sommeil de tendresse, je suis sûr que ça marche encore...
Bonne journée.
P
Mince !
Vous nous replongez dans ces souvenirs presque oubliés, ou ensevelis là, dans le creux de nos têtes embrumées... Un de ces jolis petits bonheurs, merci Nathanaël.
Merci pour cette madeleine !
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N
Une belle grosse madeleine, nous sommes d'accord, sourire !
Je regardais un enfant dans une brasserie et cet écrit est venu comme si il s'était renversé sur la page, comme se renverse la tasse de café d'un geste maladroit ... Je n'ai pas voulu donner un coup d'éponge, l'effacer de la mémoire , l'adultèrer !
H
Je n'oublie pas la frange du monde et ses frisons, ses lumières dansantes, la magie qui me tenait la main. Mais j'ai oublié qu'il fallait devenir quelqu'un d'autre, alors je continue de grandir en enfance!

Hélène*
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N
Grandir en enfance, oui Hélène*, c'est ce que nous devrions tous faire ! Et garder la magie à portée de main... Merci de ce beau commentaire.
C
Même atteindre l'âge de 13 ans, je me souviens, ça me semblait si loin que c'en était inimaginable - comme de devenir quelqu'un qui n'aurait rien à voir avec soi.
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N
L'amour est toujours incertain , ou ce n'est pas l'amour... Quelques soient les gens .
C
L'amour des gens qui n'existent plus est parfois incertain.... A moins que celui des gens qui existent encore le soit plus encore...
N
Moi, j'aime bien les deux mais ne suis pas sûr de l'inverse ...
C
J'ai peut-être le problème inverse: je n'aime pas trop l'enfant que j'étais - en tout cas je crois préférer la vie aujourd'hui.
Belle et douce journée Nathanaël.
N
Parfois j'interroge une photo de moi, ou l'inverse elle me questionne, et dans les yeux de cet enfant là, je me dis qu'aurais tu pensé de moi ? Je ne suis pas certain d'aimer complètement la réponse ! Merci de votre passage Cardamone.
L
... Je n'oublie pas que je pensais sincèrement ne jamais être capable d'être une adulte ...
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N
oh ça... Ça nous tombe dessus par derrière ! En traitre... Mais heureusement ( et là je chuchote ) on ne l'est jamais tout à fait, ouf...
Baci Laurence.