Le vestiaire de Jeanne

Publié le 19 Novembre 2012

Musée de Picardie, Amiens  Charles-François Leboeuf, dit Charles Nanteuil (Paris, 1792 -  Paris, 1865), Eurydice mourante, plâtre, 1822. Marbre exposé en 1827 au Musée du Louvre. Ph.©angèlepaoli

Musée de Picardie, Amiens Charles-François Leboeuf, dit Charles Nanteuil (Paris, 1792 - Paris, 1865), Eurydice mourante, plâtre, 1822. Marbre exposé en 1827 au Musée du Louvre. Ph.©angèlepaoli

C'est un vestiaire tendu d'un linceul sombre , d'un fort grenat moiré d'obscurité. Les hôtesses y sont des Euménides, tous les cintres y sont vides et stériles , il n'y a là que vêtements mortuaires, sous les suaires les spectres du passé , sépulcre, reliquaire, vestiaire d'agonie.

Il est vrai que les vieilles frusques ne veulent pas être mises au rebut, et ils ont la vie dure ces oripeaux.

Etre dépouillé se fait hors de notre volonté, mais " aller se rhabiller "... Il faut s'y opposer d'une volonté impuissante, une forme de " Je préfèrerai mieux ne pas " à la Bartleby. C'est la force de la nudité. Il faut y mettre une résignation sans violence.

Cela se dit aisément ...

Vous me parliez , la première fois, d'Orphée qui allait vers l'enfer en chantant... En revenant c'est la même histoire et si vous vous retournez ... Mais cela vous le savez !

PH.

En réponse à Jeanne - Commentaire sur http://paturages-du-ciel.overblog.com/depouille

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

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Jeanne 25/11/2012 18:47

Un grand merci pour cette magnifique réponse sous une forme qui m'a beaucoup touchée. Je ne trouvais pas les mots... et puis il y a eu une semaine dense que j'ai préféré laisser passer avant de les laisser revenir, les mots. Je suis d'autant plus émue par l'allusion à Orphée et Eurydice qui me ramène à Rilke auquel je travaille en ce moment et qui, dans ses poèmes en français, représente l'abandon - qui me semble être une nécessité de l'acceptation du dépouillement - une condition de l'abondant (de l'abondance) - d'une forme d'abondance. Ce qui serait souhaitable, ce serait donc une forme d'abondant abandon... une capacité à se dépouiller toujours à nouveau, enlever une à une ses vêtements et les peaux qui nous recouvrent... Un peu obscure tout ce que je raconte...
Quoi qu'il en soit, merci.

Nathanaël 26/11/2012 09:22

Jeanne, "Abondant abandon " presque un oxymore ! pas obscur du tout...Et entre vous et moi : votre Odradek se précise !
Merci de votre sincérité, elle me touche.
PH.

Jonas D 21/11/2012 22:27

Une Jeanne de plus dans le Grand Tout féminin. Celle-ci me semble avoir attendu une réponse. Si fait. Bonne nuit !
Jonas

Nathanaël 22/11/2012 08:34

Alors à cette Jeanne, à ces Jean, aux gens qui cherchent à s'alléger, s'appauvrir de ces vieilles hardes , à nous tous.

Juliette 19/11/2012 19:22

Oui mais Jeanne a raison, les vieux habits reprennent leurs vieilles habitudes, encore que moi je ne crois pas avoir été encore dépiautée par la vie au sens où vous l'entendez . Peut être n'ai je pas encore assez vécu selon Bobin ? Mais je comprends Jeanne, je comprends également comme vous le dites que regarder en arrière , se revêtir de nos anciennes habitudes, fantasmes, illusions c'est peut être n'avoir rien appris ? Je vais y songer. Merci de ce partage.

Nathanaël 20/11/2012 07:51

Bonjour Juliette !
Tant qu'à avoir été dépouillé, autant laisser derrière soi les vieilles frusques oui, et se revêtir (car il est des rôles nécessaires) d'habits librement choisis ! Non ?
Belle journée à vous.

Laurence 19/11/2012 11:53

Ainsi on chante en enfer ... Bon, et bien ça vaut peut-être le coup d'aller y faire un tour, histoire d'en avoir le coeur net :)

Nathanaël 19/11/2012 15:55

Bonjour Laurence,
Oui certains, semble-t-il, y vont en chantant, Djian et Orphée par exemple.