Publié le 23 Février 2016

Adonna Khare. Artiste.

Adonna Khare. Artiste.

Je suis en exil, de moi même.

Lors des jours de mon enfance, un cataclysme invisible m'a expulsé de mon être, je suis devenu en moi même un étranger. Un déraciné.

Parfois au hasard d'un détour je reviens à ma propre source, mais comme je suis égaré, la topographie des lieux m'échappe et sitôt l'instant d’après je vagabonde à nouveau à la recherche de la plénitude.

Je suis perdu.

Quelques-uns plus aguerris que moi, plus avancés, parfois m'indiquent le chemin de leur propre trace, d'autres plus centrés m'inspirent quelques espoirs, l’œil du cyclone me laisse alors penser que je suis parvenu à un accord avec moi même, mais je suis perdu à jamais.

J'ai cerné la nature et l'origine de cette déflagration lente, mais tout cela reste comme dans une boule à neige posée sur une étagère de ma compréhension, sans que je puisse intervenir pour sauver celui qui y est enfermé.

Je suis en exil de moi même, la conscience de cela rajoute à ma souffrance et j'aimerai parfois retourner à la myopie ordinaire.

Je répète à l'infini les mêmes erreurs, tombe dans les mêmes ornières et inlassablement m'en extirpe le temps d'y rechuter.

Certainement cela me permet-il de mieux comprendre autrui, de l'accepter dans sa difficulté à être, mais pas moi même.

J'aimerai d'un mouvement d'épaule, me dégager et laisser glisser à mes pieds nus, ma carapace pachydermique puis m'éloigner seulement vêtu d'innocence, de bonté et de bienveillance.

Mais je chemine sans fin, affamé, sur les routes de mon exode, alors que s'éteint l'espoir de m'agenouiller un jour prés de ma source.

Philippe.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 18 Février 2016

photo : Artur Politov.

photo : Artur Politov.

Je fais trois pas,

mains de soie, figure d'écorce,

la route est là à perte de toi.

Je fais trois pas,

mains de bois, peau parchemin,

la route est noire au fond de moi.

Je fais trois pas,

mains à marée basse, corps en ressac,

la route se tait, la route n'est plus.

Moi aussi, moi aussi j'arrive...

comme un géant, moi aussi comme un amant,

Moi aussi, moi aussi, j'arrive, en fuyant,

je suis encore loin devant,

si la vie me manque, je ne sais plus qui, ni trop quoi.

A perte de toi, moi aussi,

badadi badadam, lalali, lalaaalam, lalailiaam

moi aussi, moi aussi j'arrive aimant,

je fais trois pas,

mains enrouées, deux larmes éraillées, figure de pluie,

la route est toi, la route est moi.

Je fais trois pas,

badadi badadam, lalali, lalaaalam, lalailiaam...

mains de baisers, cœur dénoué

la route est tellement mieux que ça.

Je fais trois pas,

mains de dentelle, figure de joie,

et tu es là.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 13 Février 2016

Nicolas Rubinstein, Mickeyscull II

Nicolas Rubinstein, Mickeyscull II

N'être attaché à rien.

Mépriser l'étoile sous laquelle je suis venu.

S'émanciper par le doute, l'iconoclastie, le sentiment d'absurdité, par la bienveillante méfiance envers mon moi.

Se déprendre de l'obsession insipide d'être utile.

Tuer scrupuleusement la grandeur, toute vérité majestueuse.

Assouplir la morale ancestrale et les coutumes honorables.

Abolir l'idée du mérite.

Discréditer en moi toute croyance, combler toute profondeur d'esprit, ensevelir toute mélancolie, fouler aux pieds toute idée de sérieux, manies qui font vivre l'infatuation.

Saper l'architecture de toute vanité.

Errer ensuite dans ce désastre de moi. Appauvri, ruiné sans plus d'attaches.

A la porte... du Soi.

Libre de devenir.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 9 Février 2016

De plomb et de dentelle.

Pachyderme aux ailes de libellule, je me sens fait de plomb et de dentelle.

*

Il est presque impossible de se faire un manteau de lumière dans ce monde.

Comme si une balance aux sourcils broussailleux examinait chaque instant de béatitude, et le compensait scrupuleusement par une perte équivalente.

Quand bien même parviendrions nous à un consentement quant à cette situation, sur l'échelle vers les étoiles le prochain barreau se briserait et nous revoilà à terre.

*

Maintenir tout l'espoir du Paradis est un travail acharné.

PH

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 3 Février 2016

L'école du rond-point.L'école du rond-point.
L'école du rond-point.L'école du rond-point.L'école du rond-point.

Dans mon école le sol de la cour de récréation était de terre battue, le préau jusqu'à mi-mur repeint de sa poussière jaunasse. Les bâtiments tout autant, disséminés deux à deux dans ce terrain vaguement clôturé d'un grillage éventraillé ici ou là, raccourcis buissonniers, plus pour sortir que pour entrer.

Dans mon école, la cloche qui rythmait nos vies d'écoliers, était encordée sous une branche de manguier, c'était une jante de voiture que l'on frappait d'une barre d'acier.

J'avais 6 ou 7 ans, toujours en t-shirt-short-sandales sous les acacias épineux, une gourde rouge-bidon-métal au bouchon en clapet comme sur les bouteilles de limonade, j'avais 6 ou 7 ans en CE2 ou en CM1, des BN pour la récré ou, quelques piécettes pour courir au portail où d'autres enfants nu-pieds-t-shirts-déchirés nous vendaient des glaçons au sirop de coca, faits avec l'eau du fleuve, dans des glacières improbables; des concombres ronds coupés en quatre saupoudrés de pili-pili, des chewing-gum au gout de pétrole ou de fabuleux " fangassous" bien huileux.

Dans mon école, M Larose, notre maître, nous distribuait des bons points et des coups de règle métallique, carrée, sur le bout des doigts, du haut de son estrade brute de ciment, dans le chuintement lancinant des deux ou trois ventilo qui brinquebalaient dangereusement au plafond.

Dans mon école nous étions 5 ou 6 blancs, dans la classe aux pupitres antédiluviens, gravures rupestres de l'époque coloniale, chewing-gum durcis moutonnant par dessous, encriers craquelés d'encre Waterman, buvards odorants roses, colle envoutante à l'amande, plumes sergent-major...

Non, l'encre dans l'encrier ,c'était plus avant, sans doute avions nous les premiers bics, car sur la gomme Mallat, j'écrivais mes premiers mots doux, P+C =AE , protégés des regards par l'enveloppe de carton, que je passais à Carole D., cheveux noirs de jais, longiligne, cicatrice à la tempe gauche, peau ambrée, premiers émois, premiers bécots.

Nous étions placés en classe selon nos résultats, du premier au dernier, de devant à derrière, de haut en bas... Sur le coté les nacots métalliques toujours entrouverts dispensaient parfois un filet d'air qui décollait nos avant-bras moites de nos copies.

Dans mon école, les filles jouaient à l'élastique sous le préau et les garçons au gendarmes et aux voleurs, ou à zibouli-ziboula-stop sous le regard placide des chèvres maigrichones du terrain mitoyen.

L'éponge mouillée volait dans la classe pour éteindre un bavardage, ou le morceau de craie fusait, avant que d'être mis au coin.

C'était ainsi, les genoux raccommodés de croute coagulée , les pointes des kapokiers plantés dans les semelles, les cheveux en bataille, le cartable et la trousse pas encore tagués, les fessées et le martinet au retour si le carnet ...

C'était il y a bien longtemps à l'école du rond-point à Fort-Lamy au bord du Chari.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #Afrique

Publié le 26 Janvier 2016

La meule

La meule du temps

tourne inlassablement

broyant les jours,

Déjà il me semble

que les années de l'hiver

creusent leurs sillons,

Ravinent les dernières heures d'autonome

Jettent leurs frimas

dans le dos de mes pas,

Mon temps devient le bouclier

derrière lequel mes enfants poussent

je suis l'arc-boutant

au temps qui érode,

ceux qui me précédaient

sont passés,

Que dans ma trace

les miens soient épargnés

de l'inéluctable,

autant que possible.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 25 Janvier 2016

Lecture

Avant de commencer un livre j'ai toujours une pensée pour celui qui l'a écrit.

Je me dis qu'il a pesé chaque mot, que chaque pensée a mis son temps à s'exprimer, que ce soit des années ou qu'elle rejaillisse, soudain, comme une source souterraine.

Je sais les heures qu'il a passé, les conquêtes et les défaites des mots, des idées. J'imagine l'oubli de soi. Le gout du partage, le don.

Avant de commencer un livre, j'espère toujours une rencontre.

PH.

Merci JPT pour Annie Ernaux. Les premières pages sont une chaleureuse poignée de main.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #regards

Publié le 23 Janvier 2016

Photo: Thierry Courteau

Photo: Thierry Courteau

La vie écrit pour nous des textes lumineusement contradictoires.

Comme le vent qui fait trembler les feuilles de l'arbre dans tous les sens, la vie froisse comme une feuille de papier le peu du monde que l'on espère.

Elle glisse le grain de sable de sa farouche multiplicité dans l'ardente cérémonie humaine, et c'est beau.

Certains, les fiers, y voient la main de la duplicité, de la sournoiserie, ils élévent leur muraille de chine, se rencognent, se rabougrissent, ils ne naitront pas à leur vie.

D'autres joignent leurs mains, ils ont cette bonté qui ne demande pas de récompense, et ploient l'échine à la tristesse de leur mémoire. Ils ont posé à terre leur rêves d'absolu et ne cherchent pas à coloniser le ciel. Ils ont désarmé. Ils sont beaux, ils sont humains.

Ils auront la joie simple, improviseront le monde à chaque instant, engendreront un soleil plus pur que le soleil.

La vie... Elle est la pourvoyeuse de l'inattendu.

Le ressentir est la marque de la plus profonde poésie.

Chaque seconde est une indécise empoignade d'Amour et de Néant.

Et c'est terriblement beau.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 21 Janvier 2016

Café I

Le livre que je tiens dans mes mains, se met parfois à pleurer.

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits

Publié le 20 Janvier 2016

Café.

Le silence est la nudité de la parole.

*

Le silence est toujours intime.

Derrière la nudité toujours nous attend l'inconnu.

Délestés du langage, la peau est le verbe.

*

Aujourd'hui nous sommes au tout collectif, à la transparence.

Or avoir une âme c'est avoir un secret.

Le tout public a t-il tué le secret ?

*

Je guette au petit matin le premier rayon de lumière; sans la conscience de la mort pas d'âme possible. Sans le savoir de la nuit, pas de lumière authentique. L'expérimentation de sa propre nuit.

*

Le silence et l'âme sont indissociables.

*

La tourterelle est là, sous mon poivrier, a picorer les graines que j'y ai jetées, quelques moineaux à la mangeoire suspendue... Cela me tient lieu de monde ce matin, ou de l'âme ou de la beauté jamais atteinte...

PH.

Rédigé par Nathanaël

Publié dans #ecrits